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Aménagement durable

Aménagement durable

L’aménagement durable d’une forêt signifie que la coupe forestière permet une régénération de la forêt pour une utilisation durable des ressources en minimisant l’impact sur la faune et la flore. Le Conseil canadien des ministres des forêts a déterminé 6 critères qui servent d’outils pour mesurer et définir le progrès accomplis en aménagement forestier durable.

Le premier critère concerne la diversité biologique, c’est à dire les êtres vivants et leurs écosystèmes. Selon la définition de ce premier critère, la biodiversité se traduit par trois niveaux, soit les écosystèmes, les espèces et les gènes. Ainsi la diversité des écosystèmes est définie par la variété et l’abondance des écosystèmes, de sa flore et de sa faune. La diversité des espèces signifie la variété d’espèces et leur abondance ainsi que le nombre d’espèces catégorisées comme étant en péril. Finalement, la diversité génétique est la variation des gènes d’une espèce qui permet une meilleure résistance de l’espèce face aux divers facteurs de destruction.

Le deuxième critère est l’état et la productivité des écosystèmes. Sans le facteur anthropique, les écosystèmes forestiers s’adaptent et résistent aux perturbations naturelles, ils conservent donc leur productivité. Par ailleurs, avec l’action de l’homme, certaines perturbations ont nettement plus d’ampleur sur la productivité des écosystèmes et dégradent l’états de ceux-ci. Les perturbations peuvent donc surpassé la capacité d’adaptation des écosystèmes. Ce critère se veut une mesure de la capacité à résister aux perturbations d’un écosystème et de la quantité de perturbations naturelles et anthropiques qu’il subit.

Le sol et l’eau constituent ensemble le troisième critère. La forêt assure une protection aux eaux de surfaces ainsi qu’aux eaux souterraines en la filtrant de ses impuretés. Ce phénomène permet d’offrir un habitat essentiel pour plusieurs espèces aquatiques et riveraines. Or, cette protection peut s’en trouver menacer par l’aménagement puisque cette dernière crée des perturbations, du compactage des sols et de l’érosion. L’aménagement doit donc utiliser des techniques qui réduisent l’impacts sur les sols et l’eau.

Le quatrième critère de l’aménagement durable est la contribution aux cycles écologiques planétaires. Le Canada possède environ 10% de la forêt mondiale et comme les forêts assimilent des quantités importantes de gaz carboniques, la participation des forêts canadiennes au cycle d’émission et de captation mondial de carbone est non négligeable et doit être prise en compte lors de son aménagement.

L’avant-dernier critère se traduit par les avantages économiques et sociaux résultant de la forêt. Celle-ci apporte économiquement à la population canadienne tant en exploitation forestière ligneuse et non-ligneuse, qu’en tourisme et en gestion de l’eau. Elle offre aussi des apports non pécuniaires comme la présence de la faune, l’esthétisme, la nature sauvage, les loisirs, etc. Cette valeur, bien que difficilement mesurable, doit être prise en compte lors de l’aménagement.

Finalement, le sixième et dernier critère pour un aménagement durable de la ressource forestière consiste en la responsabilité de la société, c’est-à-dire le respect des valeurs des collectivités tributaires du territoire forestier. L’aménagement doit se faire dans la protection du bien-être de ces communautés. Ces six critères pour un aménagement durable de la forêt permettent de mieux juger les techniques mise en place au Canada et de les améliorer.

L’aménagement écosystémique

Selon le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, L’aménagement écosystémique est un modèle d’aménagement forestier qui se veut plus ressemblant avec la forêt naturelle. Il s’agit d’un aménagement qui permet de maintenir la diversité biologique et qui respect la capacité des écosystèmes. Le modèle écosystémique comporte de l’exploitation forestière; il ne s’agit donc pas d’une reproduction de la forêt naturelle. Par ailleurs, les différences entre la forêt aménagée et la forêt naturelle sont réduites pour que les espèces conservent l’habitat auxquelles elles sont habituées. L’aménagement écosystémique tente de maintenir l’irrégularité de la forêt ainsi que ses attributs écologiques. Il s’agit d’une méthode adaptative qui laisse place à la concertation et à la gestion intégrée. La démarche comporte un gestion participative qui inclue les acteurs locaux de différents milieux dont l’économique, l’environnemental et le social. L’aménagement écosystémique s’organise avec une gestion intégrée des ressources et du territoire. Selon la définition du MRNF, sa mise en œuvre se fait en quatre étapes, soit « la description des enjeux écologiques à l’échelle nationale, régionale et locale », « la mise au point de solutions d’aménagement en réponse à ces enjeux », « la détermination d’objectifs d’aménagement et de cibles qui mènent à l’élaboration de stratégies d’aménagement » et finalement « l’élaboration d’une stratégie d’aménagement qui traite des enjeux écologiques en même temps que les autres enjeux (sociaux et économiques) ». Le Ministère met graduellement en application l’aménagement systémique au Québec.

La vision de l’aménagement forestier exposée par Yves Bergeron, professeur à l’UQAM et à l’UQAT, a été à l’avant-garde de l’aménagement écosystémique proposé par le ministère. Selon le chercheur, l’aménagement de la forêt doit non seulement être ressemblant à la forêt naturelle, mais les impacts de l’aménagement doivent être similaire aux perturbations naturelles comme le feu et les invasions d’insectes. Si l’aménagement forestier se fait selon une seule technique, bien qu’elle soit protectrice et créant peu de perturbations, la forêt québécoise sera transformée puisqu’elle sera normalisée. Les perturbations naturelles sont irrégulières et parfois elles ont un impact majeur sur la transformation des sols et donc sur la régénération des écosystèmes. L’impact d’un feu de forêt, par exemple, change la structure du sol et permet la création d’écosystèmes qui sont essentiels à certaines espèces. M. Bergeron propose donc d’orienter les techniques d’aménagement pour qu’elles aient des répercussions semblables aux perturbations naturelles permettant ainsi de conserver les écosystèmes variés et variables de la forêt boréale. Ses commentaires ont d’ailleurs été pris en compte en grande partie pour la rédaction de la Stratégie d’aménagement durable des forêts.

L'harmonisation des usages

Finalement, comme il a été mentionné précédemment, l’aménagement écosystémique se veut participatif en incluant les acteurs économiques, environnementaux et sociaux. En effet, la participation de la communauté à la gestion des ressources forestières est un élément important pour une bonne gestion de la ressource. Cette participation permet de réduire les conflits d’usages du territoire qui surgissent lors d’une exploitation de la forêt à des fins commerciales. La participation des communautés permet donc de mettre en place une harmonisation des usages du territoire pour éviter les conflits. Ainsi, lors la sélection des espaces de coupe, il est pris en compte l’utilisation du territoire pour des activités autres que commerciales comme les loisirs, la villégiature, la cueillette, la chasse et la pêche, les activités traditionnelles, la conservation des paysages et les limites des territoires autochtones. Cette orientation s’adapte au côté social de l’aménagement durable en prenant en compte les choix de développement des communautés et permet de maintenir les avantages socio- économiques que procure la forêt à la population limitrophe.