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Quoi de neuf?

C'est l'attitude du gouvernement canadien qui est dépassée, pas Kyoto

(2012-01-17)

Le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec a écrit une lettre ouverte à M. Stephen Harper en réponse à l'abadon du protocole de Kyoto annoncé par le gouvernement canadien.

À la veille du Sommet de Johannesburg, le 16 décembre 2002, le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, ratifiait l’accord de Kyoto. C’est alors avec beaucoup de fierté et d’optimisme que nous avions célébré, comme des milliers d’autres, cette importante étape dans la lutte contre les changements climatiques.

Dix ans plus tard, au lendemain de la Conférence de Durban et à la veille du Sommet de la Terre à Rio, c’est avec un profond désarroi que le Regroupement national des conseils régionaux du Québec (RNCREQ) constate que votre gouvernement, M. Harper, abdique en annonçant qu’il ne renouvellera pas l’adhésion du Canada au protocole, sans proposer quoi que ce soit de concret en échange. À plusieurs égards, votre décision est condamnable.

D’abord, vous démontrez une totale indifférence envers l’opinion de la majorité des Canadiens, eux qui vous interpellent sans cesse pour que vous agissiez rapidement pour lutter contre les changements climatiques. Cette décision révèle aussi à quel point votre gouvernement fait fi des conséquences qui découleront inévitablement de votre immobilisme. Il est pourtant indéniable que les changements climatiques ont des répercussions considérables sur les perspectives économiques canadiennes, sur la santé publique et sur l’environnement. On n’hésite d’ailleurs plus à avancer qu’ils menacent l’avenir même de l’humanité.

Plus encore, cette décision vous place en complet porte-à-faux avec l’éthique internationale à laquelle le Canada a toujours accordé une grande importance au cours des soixante dernières années. En effet, s’il est légitime qu’un gouvernement veuille donner une couleur à son style de gouvernance, il ne peut rejeter tout ce qui s’est fait avant lui. Et la signature du Protocole de Kyoto par un premier ministre du Canada, indépendamment de ses allégeances politiques, constitue un engagement formel à une entente internationale importante.

Peut-on imaginer que Jean Chrétien ait déchiré l’entente de libre-échange conclue avec les États-Unis et le Mexique par son prédécesseur Brian Mulroney ? Peut-on l’imaginer refusant d’honorer la signature de M. Mulroney au bas du texte du Protocole de Montréal sur la protection de la couche d’ozone ?

Non. Car, aucun gouvernement ne peut se permettre de faire table rase de tout ce qui s’est fait et décidé avant lui, surtout lorsque cela concerne l’intérêt public et l’avenir de l’humanité. Quel exemple votre gouvernement donne-t-il ainsi aux Canadiens, particulièrement aux plus jeunes ? Que l’on peut renier impunément nos engagements ? Que l’on peut faire passer nos intérêts propres à court terme devant des enjeux qui ont des répercussions dramatiques et irréversibles à long terme pour la planète entière ?

Monsieur Harper, plutôt que d’abdiquer devant des obstacles qui paraissent insurmontables, agissez de manière responsable en mettant dès maintenant le Canada en action dans la lutte aux changements climatiques. Lorsque la vie de nos concitoyens est en jeu, comme ce fut le cas lors du sauvetage d’Apollo 13, il faut se dire que «l’échec n’est pas une option!» (Failure is not an option!).

Jacques Ruelland, président du Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ)